JEAN LAVERGNAT NOUS A QUITTÉS



Le mercredi 11 Janvier ont été célébrées en l’église Saint Jean de Montmartre à Paris, les obsèques de Jean Lavergnat. Ses amis sont venus nombreux. La mission du prêtre est de rassembler le peuple de Dieu. Une dernière fois, Jean a rassemblé le peuple, pas seulement celui d’une paroisse, d’un mouvement ou d’une association quelconque, pas davantage celui d’une région ou d’un pays, mais un peuple d’êtres humains venus de tous les coins du monde et faisant peuple parce qu’ils l’avaient rencontré, et reconnu en et par lui le Christ.
Jean Lavergnat était prêtre à Paris, mais il était né à Bossey en Haute Savoie en 1942. Ordonné en 1967, il a été vicaire ou curé dans 6 ou 7 paroisses de Paris, aumônier d’étudiants, membre actif d’associations diverses. Il a notamment toujours œuvré en faveur des migrants, des sans-papiers et des plus démunis. Il s’est beaucoup impliqué dans les relations interreligieuses. Il suscitait autant qu’il le pouvait la participation active et la réflexion des chrétiens dans la vie de l’Église. Il avait des idées précises sur ce qu’il devait faire en tant que prêtre et ses rapports avec les autorités du diocèse n’ont pas toujours été simples. Mais il était toujours écoutant et cordial, direct et sincère. Ce prêtre sportif, communiquant, infatigable aura marqué des générations de chrétiens mais pas seulement. Il laisse une empreinte considérable, notamment à Alethe dont il est l’un des fondateurs.
ALETHE a été fondée rappelons-le au début des années 1980 par Antoine DELZANT, Guy LAFON et Jean LAVERGNAT. Le but immédiat était de faire un geste de solidarité à l'égard d'Antoine Delzant récemment inquiété à Rome pour ses écrits et le but à plus long terme était de créer un lieu de libre réflexion théologique. 
Ci-après nous donnons la référence de quelques textes de Jean Lavergnat que l’on peut lire ou relire. Nous publions également deux témoignages parmi les nombreux messages que nous avons reçus à l’occasion de son décès.

Hubert FAES          

Quelques textes de Jean Lavergnat :

« Construire une Église à Paris », Revue Esprit n° 233, 1997.
Contribution à Real Jantzen, Bernard Schiele (dir.), Les territoires de la culture scientifique, Presses universitaires de Montréal, 2003.
« Le diocèse de Paris après le Cardinal Lustiger. Quelques questions sur les choix de l’Église à Paris » Revue Esprit, n° 10, 2007.
« L’institution catholique à Paris. Un regard nouveau. Ses Rapports à l’espace et au temps » Témoins, 28 Août 2008.
« Comment défaire la collusion catholicisme-milieux d’extrême droite » 2009, sur le site Dieu Maintenant, http://www.dieumaintenant.com/commentdefairelacollusion.html
«  Nominations et consécration d’évêques en France 1959-2008. Observations. » Socio-logos N° 4, 2009. Revue en ligne : https://socio-logos.revues.org/2328
« L’avenir du vivre ensemble » Revue de La Maison islamo-chrétienne, n° 14-15, 2010, ou sur le site de cette association : https://www.lamaisonislamochretienne.com/cequiresteafaire.htm
« Les quatre temps du renouveau ? », 2011, sur le site de Croyants en Liberté 42 : http://croyantsenliberte42.free.fr/articles.php?lng=fr&pg=72
« Homélie pour les obsèques d’A. Delzant » 2013 sur le site Dieu Maintenant : http://www.dieumaintenant.com/homeliepourantoine.html

Témoignage d’Alexandre Vigne, Directeur de Cieux.

En 2007, en tant qu'ancien curé de la reconstruction de Notre-Dame d'Espérance, le Père Jean Lavergnat m'avait fait part, de son regret de n'avoir jamais pu organiser de rencontre à la synagogue située sur le trottoir d'en face, de l'autre côté de la rue de la Roquette. Un dimanche à 9h du matin, je suis allé frappé à la porte de la synagogue. Son Président fraîchement élu, Serge Benhaïm, m'avait écouté avec beaucoup de bienveillance et accepté très naturellement d'accueillir un dialogue interreligieux. 

C'est ainsi que le dimanche 18 mai 2008, les paroissiens de Notre-Dame d'Espérance furent officiellement invités à participer à la première rencontre interreligieuse à la synagogue Abravanel, sur le thème du devoir. La feuille de messe de l'époque, témoigne de l'immense joie que procura la tenue de cet événement ! Je me souviens avec émotion du sourire à la fois radieux et stupéfait du Père Jean... Il avait prononcé ces paroles qui figurent en toute lettre dans le compte-rendu de la rencontre :

"J'ai voulu donner un exemple de devoir et de vérité, lors de la reconstruction de l'église dont j'étais le curé. J'ai eu le souci de faire apparaître un témoignage de foi et de vie. Sur les vitraux en façade de l'église, j'ai fait porter les textes de la Loi (Ancien Testament), alternant avec des textes de l’Évangile (Nouveau Testament) repérables de l'intérieur, en faisant figurer également une calligraphie arabe. J'ajouterai qu'une religion n'est pas propriétaire de la Vérité à elle-seule". 

Témoignage de Patrice Obert, Président de l’Association « Fontaine aux religions »

C'est avec une infinie tristesse que nous avons appris le décès de notre ami Jean. Nous le savions malade depuis quelques années et sa maladie expliquait son absence à nos réunions et événements mais il se tenait toujours au courant de nos activités.
Avec Jean, c'est un homme de dialogue, d'ouverture, de paix qui disparait, mais aussi un homme intelligent, instruit, cultivé, curieux.
Je l'avais rencontré quand il était curé de Saint Joseph des Nations. Il avait joué un rôle essentiel dans notre rencontre avec Cheikh Ahmed, de la mosquée Omar. Avec le Pasteur Pierre-Olivier Dolino, du Picoulet, il a joué un rôle essentiel dans la création puis la montée en puissance de l'association La Fontaine aux religions.
Après son départ de Saint Joseph, il a continué à être très actif au sein de La Fontaine, donnant toujours des conseils très avisés, avec beaucoup de sagesse.
Il s'était montré partisan d'un enracinement de notre action dans le 11ème, comme Pierre-Olivier, et nous avions suivi son avis. Et nous avons eu raison.

De haute taille, sportif, doté d'une magnifique chevelure blanche, Jean avait fière allure. Il avait mené une vie de prêtre originale puisqu'il avait été, une partie de sa vie, un des directeurs à la Cité des Sciences de La Villette à mi-temps, et prêtre. Sans doute en raison de son ouverture d'esprit. Cette ouverture, il la pratiquait à Saint Joseph, ayant vite montré que, entre le parti de ceux qui voulaient se refermer sur leur identité chrétienne, et ceux qui étaient partisans de la rencontre avec la diversité du quartier, il avait vite choisi son camp, honorant d'ailleurs le nom même de la paroisse Saint Joseph des NATIONS.

Il nous avait mis en contact avec ses amis de l'association Métissages près de Gennevilliers et nous avions ainsi participé à l'inauguration de la belle mosquée construite là-bas, lors d'une manifestation remarquable. Il nous avait aussi entraînés dans les débats organisés par l'association ALETHE. Partout où il y avait débat, intelligence à comprendre, expliquer, traduire, aller de l'avant, Jean était là, impérial, souriant , d'une grande gentillesse et d'un grand calme. Sans doute un peu rebelle à l'institution, il avait décidé de partir à la retraite à 65 ans, mais continuait d'être actif dans nombre d'associations, notamment vis à vis des migrants.

Je le revois, nous accueillant chez lui, dans son petit appartement rue de Nantes, dans le 20ème, ayant préparé à dîner, avec des livres et des journaux un peu partout, et notamment sur ce petit bureau qu'il rejoignait très tôt le matin, ne dormant que quelques heures par nuit, toujours à l'affût d'une idée.

 Avec Jean, c'est un serviteur de Dieu qui s'en va, mais aussi un grand serviteur des hommes et des femmes de notre temps. Nous lui souhaitons d'être rassasié par la présence et le regard de Dieu et que son souvenir vivant sache nous garder attentifs à autrui, intelligents et curieux dans notre rencontre avec les autres et  témoins heureux de la joie de vivre.